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jeudi 13 juin 2013

Alphabet mobile et écriture spontanée

   Ça y est, mon Grand Souriceau est entré dans le monde merveilleux de l'alphabet mobile ! Ce ne fut pas sans joie qu'il ouvrit la grande boîte et découvrit toutes ces lettres qu'il connait si bien. Après sa compréhension du mécanisme de l'écriture (dont je parlais ici) et voyant son désir d'écrire bien présent, je me suis dit qu'il était temps de sortir l'alphabet mobile. 

   
   Même si Grand Souriceau s'entraîne beaucoup à écrire, ses gestes ne sont -pour l'instant- ni assez sûrs ni assez fluides pour suivre ce qui se passe dans sa tête : il bute sur l'écriture alors qu'il a le mot en tête et sait parfaitement quels "sons" il doit utiliser. C'est là que nous faisons intervenir l'alphabet mobile. Sans cet alphabet, l'enfant aurait deux tâches à réaliser : se concentrer pour savoir quels sons composent un mot + se concentrer pour écrire les lettres représentant ces sons. Avec l'alphabet mobile, il n'y a plus qu'une seule tâche à réaliser, la plus importante : mettre "en forme" ce à quoi pense. La calligraphie n'est plus un obstacle : les lettres sont "toutes faites" et ne demandent qu'à être utilisées. L'enfant continue de s'entraîner à écrire mais c'est un exercice à part. Un apprentissage à la fois...
   La première fois que Grand Souriceau a ouvert sa boîte, il était tout excité. Il voulait utiliser toutes les lettres, même celles qu'il ne connaissait pas (que j'ai enlevé depuis pour ne pas l'inciter à aller "trop vite" ou l'induire en erreur). Il a d'abord touché les lettres, il en prenait une, la reposait, en prenait une autre, il regardait les ressemblances, les lettres qui prenaient beaucoup de place et les toutes petites, le code couleur, les lettres qu'ils trouvent drôles, ses préférées... : si l'on peut dire, Grand Souriceau a apprivoisé son alphabet mobile. Pour affirmer le lien entre ces lettres et les lettres rugueuses, je lui ai proposé des les associer, ce qu'il a fait avec beaucoup d'entrain : 

 

   J'ai ensuite dit à Grand Souriceau : "Si tu as envie d'écrire un mot, ou plusieurs mots, tu peux utiliser ces lettres." Il a dit d'accord et...s'est mis au travail  :-)  Je me suis un peu éloignée et je l'ai observé : il ne semblait pas vouloir écrire de "vrai" mot (par exemple, se dire "papa, alors c'est ppp, aaa" etc.) il prenait simplement des lettres et les plaçait sur le plateau, mais à sa façon de les choisir -avec une petite pause entre chaque- ses choix n'étaient pas irréfléchis. Quand il eut fini d'écrire son premier mot, il me demanda de le lire :


Je lui lis donc en prononçant le "son" des lettres et Grand Souriceau s'écria victorieux : 
" - Gora !
- Oui, Gora.
- Tu vois j'ai écrit Gora.
- Tu as réussi à écrire Gora. Et qu'est-ce que c'est Gora ?
- Je sais pas !"
   Et pourquoi devrait-il le savoir ?! L'important finalement n'est pas ce qu'est "Gora" mais le fait qu'il l'est écrit, qu'il s'en rende compte et qu'il en soit fier...Je ne m'en suis pas voulu d'avoir demandé ce qu'était "Gora" car après tout, cela aurait pu être quelque chose de particulier et d'existant pour lui, mais je me suis dit que son but n'était pas encore les "vrais" mots, juste l'apprivoisement des "sons" et de leur mécanique. C'est toujours délicat, quand il s'agit de son enfant et de son entrée dans l'écriture (moment magique par excellence) de prendre de la distance et de se dire : pas trop vite... Je lui ai demandé s'il voulait écrire autre chose, il m'a répondu "Oui, oui !" d'un air qui voulait dire "Ben oui maman, pourquoi tu me poses cette question, ça coule de source non ?"

 
  
   Là, ce n'est plus pareil...Il me dit : j'ai écrit "lit". Il ne s'est pas relu, il sait juste ce qu'il voulait écrire. Je regarde, je lis et il me dit "Ben tu vois, j'ai écrit lit". Je confirme sans complimenter et, le sentant bien parti,  je lui dis qu'il peut continuer pendant que je vais voir si Petit Souriceau a besoin de moi. Je sentais que je devais m'effacer, m'éloigner de lui pour qu'il s’imprègne du matériel sans se couper entre chaque "mot" pour me demander de lire ou de regarder.
   Quand je suis revenue, j'ai constaté qu'il n'avait pas chômé et encore une fois cela m'a confirmé qu'un enfant est beaucoup plus productif quand on le laisse seul, quand il n'y a pas d'adulte qui intervient sans cesse, quand il peut se focaliser sur son travail et uniquement sur son travail (tout en sachant que s'il a besoin de moi, je suis là !). 


   Et quelle ne fut pas ma surprise (et ma joie je l'avoue) de voir apparaître des mots comme "fil" ou "dodo"... J'ai juste dit : "Dis-donc, tu as beaucoup écrit." Il m'a répondu : "Oui, maintenant j'ai soif."  :-)  Son frère, qui n'était pas loin et qui sait profiter de l'instant, lui demande : 
" - Du coca ?
- Oh oui, du coca ! Maman tu es d'accord ?
-..."
   Ils savent mon désamour de toutes ces boissons sucrées, mais je préfère dire oui de temps en temps plutôt que de les priver sans cesse et d'en faire un objet interdit sur lequel ils se jetteront dès qu'ils le pourront. La pédagogie au lieu de l'interdiction formelle : oui on peut boire un peu de coca, mais pas trop souvent et voilà pourquoi...". Ils boivent donc un petit verre de coca et chacun vaque à ses occupations. Voyant que Grand Souriceau ne rangeait pas l'alphabet, je dis : "Ce n'est pas facile de circuler quand il y a plein de choses par terre." (il y avait aussi quelques jouets). Alors les deux Souriceaux rangent les quelques jouets qui traînent mais Grand Souriceau me dit : "L'alphabet je le laisse parce que c'est joli." Il le laisse donc. Et puis je me rends compte, quelques temps plus tard, que Grand Souriceau y est revenu, a fait une nouvelle place et a écrit...COCA. Je constate que le mécanisme de l'écriture fonctionne bien :-)
   Tout cela se résume en deux mots : l'écriture spontanée. L'enfant ne se formalise ni de l'existence -ou non- des mots qu'il écrit, ni de leur orthographe, ni des espaces à mettre entre chaque...non, il ne fait que s'entraîner à la correspondance "son-lettre". Il écrit, tout simplement. Il aura bien le temps de voir le reste plus tard !!

   Je rappelle que dans la pédagogie Montessori, l'écriture vient bien avant la lecture. Voici donc, pour finir, deux extraits de L'enfant

"Il était donc en train de faire un travail, analysant les mots qu'il avait en tête et cherchant les sons qui les composaient. Il faisait cela avec la passion d'un explorateur sur la voie d'une découverte ; il comprenait que ces sons répondaient à des lettres de l'alphabet. De fait, qu'est-ce que l'écriture alphabétique, sinon la correspondance d'un signe à un son ? Le langage écrit n'est que que la traduction littérale du langage parlé. [...] C'est un véritable secret, une clef qui, une fois découverte, redouble une richesse acquise, permet à la main de s'emparer d'un travail vital, presque inconscient comme le langage parlé, et de créer un autre langage qui le reflète dans tous ses détails. Il y a la part de l'esprit et la part de la main. Alors, la main peut déclencher une avance et, de cette goutte, faire tomber une cataracte. Tout le langage déferle. Un cours d'eau, une cataracte, ce n'est jamais qu'un ensemble de gouttes d'eau."

"Mais quand nous présentions des livres aux enfants [...] ils les accueillaient avec froideur : ils les considéraient comme des objets contenant de belles images, mais qui distrayaient de cette chose passionnante qui concentre tout en soi : l'écriture. [...] Les livres furent donc relégués dans l'armoire, en attendant des temps meilleurs. Les enfants lisaient l'écriture à la main, mais s'intéressaient rarement à ce qu'un autre avait écrit. On eût dit qu'ils ne savaient pas lire ces mots-là. [...] Ce fut six mois plus tard qu'ils commencèrent à comprendre ce qu'était la lecture ; et ce fut seulement en l'associant à l'écriture. Il fallait que les enfants suivissent des yeux ma main qui traçait des signes sur le papier blanc ; ils découvrirent alors que je transmettais mes pensées, aussi bien qu'avec la parole. Dès qu'ils en eurent clairement le sentiment, ils commencèrent à empoigner les morceaux de papiers sur lesquels j'avais écrit, pour essayer de les lire, dans un coin : et ils essayaient mentalement, sans prononcer un seul mot. [...] Et c'est ainsi que s'implanta la lecture. Elle se développa, par la suite, jusqu'à la lecture de longues phrases, qui commandaient des actions compliquées. Il semblait que le langage écrit fût envisagé par les enfants tout simplement comme une autre façon de s'exprimer, une autre forme de langage parlé, se transmettant comme lui, directement, de personne à personne."

 
PS : prochain achat ou confection maison = un tapis avec des lignes d'écriture

3 commentaires:

  1. C'est super de voir cette "explosion de l'écriture"... bravo à ton grand !

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  2. Connaissez-vous un site avec des listes de mots phonétiques pour une utilisation avec l'alphabet?

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    1. Je suis désolée, je réponds un peu tard, mais les vacances (Noël et plusieurs anniversaires) m'ont quelque peu éloignée du blog ces derniers temps.
      Je ne connais pas de site en particulier...Sur le billet "Série Rose" sur ce blog (http://montessouris.blogspot.de/2013/06/serie-rose-montessori.html) vous pourrez trouver une fiche à télécharger où j'ai noté tous une série de mots "consonne-voyelle-consonne" faciles à utiliser pour les premières dictées et des suggestions aux enfants : http://sd-g1.archive-host.com/membres/up/d2385dfc2ba7c2a69579690437bc761058765710/serie_rose/serie_rose_-_feuille_de_route.pdf
      J'espère que ça pourra vous aider...!

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